Les choix opaques de la Stib - La députée Céline Delforge s'inquiète


(www.lalibre.be - Stéphanie Bocart - Mis en ligne le 12/11/2009)

La Stib doit réaliser 46,2 millions d’économies.
La députée Céline Delforge (Ecolo) s’inquiète du flou qui pèse sur les pistes envisagées.

Fin octobre, le ministre-président Charles Picqué (PS) et le ministre du Budget Jean-Luc Vanraes (Open VLD) ont présenté les grandes lignes du budget bruxellois 2010 (LLB 30/10). Sans surprise, la Stib, dont le financement représente l’un des plus gros postes budgétaires pour la Région, doit apporter sa contribution aux efforts d’économies, soit 46,2 millions répartis en 25,7 millions en investissements, 11,5 millions en rationalisation de l’offre et 9 millions en frais de fonctionnement.

Si les montants à économiser sont définis, il n’en est pas encore de même pour les mesures envisagées. "Pour l’heure, il y a eu un début de négociations, mais rien n’est encore décidé. Le gouvernement n’a pas tranché", indique la députée bruxelloise Céline Delforge (Ecolo). Or, "nous sommes inquiets de lire dans la presse toute une série de pistes d’économies qui sont avancées pour lesquelles nous ne savons pas qui en est la source : la Stib, la ministre des Transports Brigitte Grouwels (CD&V), Mais plus que tout, nous sommes très inquiets d’entendre que l’on parle de toucher à l’offre de transports publics et, de temps en temps, entre les lignes, aux conditions de travail des employés de base de la Stib", poursuit-elle. Si la jeune parlementaire entend bien que "la Stib doit faire des économies", elle s’interroge toutefois sur "les pistes qui sortent actuellement et le flou qui les entoure".

Quelles sont-elles ? Il est question d’aménager voire supprimer le réseau de bus de nuit Noctis. Pour Céline Delforge, "on touche clairement à l’offre de transports publics, d’autant qu’en échange de la mise en place de ce réseau, toute une série de lignes ont été arrêtées et le bus inter-dépôts, qui roulait toutes les nuits, a été supprimé". Et de rappeler que "la Stib a mis le réseau Noctis sur pied, contrainte et forcée". "On peut dès lors s’interroger sur cette piste de supprimer Noctis, qui ne coûte jamais que 2 millions par an ", glisse la députée qui précise que "Noctis ne fonctionne pas si mal puisqu’il est utilisé par quelque 3 500 personnes". Quant à la voie émise par la ministre Grouwels de créer des synergies, pour les lignes peu fréquentées, entre Noctis et Collecto, le dispositif de taxis collectifs, Céline Delforge la juge "assez dangereuse" car il s’agit de "faire glisser un service public vers un service privé, dont le prix est élevé (NdlR : 5 à 8 €, contre 1,60 à 2 € pour un voyage Noctis)".

Autre piste sur la table : la diminution d’une série de fréquences le week-end et en heures creuses. Or, à ces périodes-là, "on n’est parfois pas loin de l’héroïsme avec des temps d’attente de 40 minutes", lâche la députée Ecolo qui insiste : "Le réseau est bon. Le point faible de la Stib ce n’est pas le temps de parcours, mais le temps d’attente". Toutefois, dans le viseur de la Stib, il y a : la ligne 17, "une ligne créée pour pallier la suppression du bus 96; c’est la seule présence de la Stib dans toute une partie de Boitsfort", commente Céline Delforge; ou encore la ligne 75 qui devait compenser la suppression du tram 56. Pour la députée, "il y a duperie car la Stib a vendu un nouveau Plan tram-bus qui cumule déjà pas mal de handicaps et, à présent, on veut supprimer les compensations qui ont été mises en place à l’époque pour le faire accepter". Mais au-delà, "le réseau bruxellois est déjà limite, alors si on le dégrade un peu davantage, cela va induire une hausse de la congestion automobile, ce qui a aussi un coût", avertit-elle, sans compter l’augmentation de la pollution et des risques pour la santé.

Quelles seraient dès lors les autres pistes à envisager ? Selon Céline Delforge, il y a des propositions à court et à moyen terme. Ainsi, "il y a un tas d’infrastructures routières qui sont très coûteuses (tunnels, parkings souterrains, ) pour lesquelles on pourrait mettre un moratoire", avance-t-elle. Par ailleurs, "on pourrait décider d’arrêter toute étude sur l’extension du réseau de métro car les études coûtent cher; en outre, pour la construction d’1 km de métro, on peut construire 10 km de réseau de surface". En matière de vitesse commerciale, la députée reproche à certaines communes de "refuser d’affecter les moyens policiers pour faire respecter les sites propres" et, partant, souhaite que "la Région fasse valoir son poids de négociation et de financement de toute une série de subsides auprès des communes qui ne jouent pas le jeu". Quant au péage urbain, "à un moment donné, il faudra avoir le courage de se poser la question", lance l’écologiste. "Il faut le voir comme un outil de la mobilité, dont les recettes pourraient financer les transports publics".

Plus que tout, ce qui gêne et inquiète Ecolo, "c’est l’opacité qui règne autour des choix avancés par la Stib". "On ne peut pas laisser la Stib en roue libre. À un moment, le gouvernement doit prendre ses responsabilités et demander une vision claire. Des économies peuvent se faire en repensant le réseau et la philosophie de transports en commun à Bruxelles, mais il est impossible de toucher au réseau et au personnel", conclut-elle.