L'intérêt pour le quartier. Le lieu de résidence des conseillers communaux dans la Région de Bruxelles-Capitale


Brussels Studies, la revue scientifique électronique pour les recherches sur Bruxelles - VIENT DE PARAÎTRE - Numéro 27

Filip De Maesschalck

L'intérêt pour le quartier.
Le lieu de résidence des conseillers communaux dans la Région de Bruxelles-Capitale

La question de la représentativité des mandataires politiques est récurrente en démocratie. Elle est fréquemment posée en termes de genre ou de profil socioéconomique. Par contre, les études géographiques sont rares. On peut pourtant se demander desquels de leurs électeurs les mandataires sont les voisins.

Dans le n° 27 de Brussels Studies, Filip De Maesschalck (KULeuven) se penche sur le domicile de 663 mandataire communaux, issus des élections d’octobre 2006 et siégeant effectivement dans les 19 communes bruxelloises. Il met notamment en évidence le fait que la langue du parti de l’élu n’est pas une variable corrélée à son domicile. Par contre, si l’on réunit les partis francophone et néerlandophone d’une même famille politique *, l’axe gauche-droite se reflète très clairement dans la répartition géographique des élus (à l’exception de ceux d’extrême-droite). Celle-ci va des sociaux-démocrates qui sont plus nombreux à habiter les quartiers les plus défavorisés, aux libéraux et au FDF qui, à l’inverse, sont domiciliés davantage dans des zon es nettement plus favorisées, en passant par les verts et les sociaux-chrétiens qui se répartissent de manière plus homogène sur l’ensemble du territoire. Parmi ces élus, ceux qui sont d’origine extra-européenne habitent généralement des quartiers plus défavorisés que leurs collègues d’origine européenne. Leur répartition géographique obéit néanmoins à la même logique. Est-ce à dire que le lieu de vie influe sur les options politiques ou, au contraire, que les opinions mènent à des élections de domicile spécifiques ?

D’une manière générale, il ressort par ailleurs que les quartiers défavorisés sont sous-représentés au niveau communal. À nouveau, le clivage gauche-droite reste pertinent, les sociaux-démocrates étant les seuls à offrir une surreprésentation des quartiers immigrés en difficulté, en bonne partie du fait de la présence en leurs rangs de près de 50% d’élus issus de l’immigration extra-européenne. En cette matière, l’extrême-droite – qui ne compte aucun élu « extra-européen » – présente la particularité de faire des quartiers défavorisés un de ses thèmes de campagne récurrents, sans y avoir aucun représentant.

Les Verts, quant à eux, surreprésentent les quartiers défavorisés en voie de gentrification, ce qui apparaît cohérent avec leur intérêt pour la revitalisation urbaine.

Une comparaison des représentants issus des élections de 2006 avec ceux de 2000 indique une grande constance du système de représentation. Pour l’essentiel, les évolutions peuvent être attribuées à l’accroissement du nombre de mandataires issus de l’immigration extra-européenne. Les mandataires tendent pourtant à provenir de quartiers plus favorisés que par le passé, à la fois chez les « extra-européens » et chez les autres.

Au fil du temps, la sous-représentation des quartiers défavorisés se maintient donc, même si la hausse du nombre d’élus « extra-européens » entraîne celle de la représentation des quartiers d’immigrés en grande difficulté, au détriment des autres types de quartiers défavorisés **. Plus qu’à une meilleure représentation globale, on assiste donc à une concurrence entre quartiers défavorisés.

L’auteur a également comparé la situation au niveau communal à celle qui prévaut au Parlement bruxellois sortant (issu des élections de 2004) – dont 62% des membres exercent également un mandat communal *** –. Le résultat est que la sous-représentation des quartiers défavorisés est plus importante encore au Parlement qu’au niveau communal (sauf pour les verts). Il en ressort donc qu’une sélection est opérée au sein du personnel politique communal, au profit des élus issus des zones les plus favorisées de la ville.

À l’heure où certains annoncent la fin des clivages gauche-droite, l’analyse de l’ancrage géographique des élus permet de porter un regard neuf sur la question. Loin d’une vision consensualiste et unanimiste, elle met en évidence la persistance de polarisations socioéconomiques qui sous-tendent les positionnement politiques. Ceux-ci apparaissent dans la concordance entre ancrage géographique des représentants et prises de position. Ainsi, les partis libéraux et le FDF, davantage issus des périphéries favorisées portent un discours plutôt négatif sur l’urbanité et exigent une accessibilité de la ville pour les périurbains, tandis que les formations politiques plus implantées dans la ville-même – sociaux-démocrates et verts – relayent davant age des positions favorables aux habitants actuels de la cité, notamment en termes de déplacements et de gestion urbaine.

* Les familles suivantes ont été retenues : sociaux-démocrates (SP, sp.a, MS), libéraux (PRL, VLD, MCC), chrétiens-démocrates (CDH, CD&V, CDF), verts (écolo, groen !), extrême-droite (Vlaams Belang, FN), nationalistes flamands (spirit) et indépendants. Le FDF a été considéré comme une catégorie à part.

** L’auteur a considéré trois types de quartiers défavorisés : les quartiers immigrés en grande difficulté, les quartiers en légère difficulté et les quartiers en cours de gentrification.

*** Cette valeur est de 80% pour le Parlement wallon, de 73% pour le Parlement flamand et de 67% pour le Parlement fédéral